mercredi 7 février 2007

NOT'BON MONSIEUR SARKOZY A LA TELE


Entrant dans le studio de TF1 pour être le cobaye du nouveau jeu télévisé électoral concocté par PPDA, not' bon Monsieur Sarkozy, impétrant au poste suprême, marchait d'un pas mal assuré. Qu'allait-il faire dans cette galère face à un panel de téléspectateurs de toute provenance, en direct, à la merci d'un blocage caractériel ou d'un furieux contradicteur?

En vérité, un trône lui était offert. Il se rendit compte rapidement qu'il était le centre de la terre. Il était le prince à qui on pose des questions, donc le seul à détenir les réponses. Situation éminemment confortable pour une intelligence moyenne. Il pouvait mouliner de la phrase et des mains. Du haut de son trône les Deschiens qui avaient la permission de poser à not' bon Sarkozy une question semblaient si ravis de l'aubaine (hoé Pierrot tu passes à la télé face à Sarko, attends!). Mine de rien not' bon Monsieur Sarkozy flambait dans son costume et en bavait de joie sur sa cravatte de cadre moyen. Son trac de saltimbanque s'était dissipé. On mesurait combien il se sentait grand lors de ses grandes envolées morales contre le racisme, l'antisémitisme et l'antirépublicanisme: « t'aime la France ou tu la quittes », c'était mieux dit que ce plouc de Le Pen.


De méchantes langues taxeront not' premier flic de France d'avoir plastronné, virevolté, promis de contenter toutes et tous, voire promis la lune dans le caniveau, promis à la frange la plus méprisable de l'électorat – les vieux - un retour fabuleux à la vie active, promis encore l'accession à la propriété aux SDF (faut le faire...mine de rien). Qu'on les laisse bavasser... il n'empêcheront pas le train d'arriver à l'heure.

Mieux qu'un spectacle de variétés, il nous berçait dans une douce rêverie. Hein et si ça marchait le sarkozisme? Et s'il suffisait de vouloir que tout aille mieux pour que tout aille mieux? Hein? Lequel d'entre vous n'a pas flanché même un court instant. Magie de la propagande électorale. Magie des mots. Magie de la pose... Des vipères trouveront dans ce côté un peu fier-à-bras du petit Mussolini, du nain Hitler gesticulant, tout en étudiant soigneusement ses poses, des effets de... manche. Regardez-moi! Ne suis-je pas, un petit peu, malgré tout, quand même, de la race des sauveurs suprêmes? Ne suis-je pas « humain » comme chacun d'entre vous les Deschiens... implorait pourtant le regard de not' bon Monsieur sarkozy, alors que rien ne dénotait un cynisme de mauvais aloi?


Des âmes mal embouchées diront encore que des énormités furent proférées... Qui n'en dit pas soumis au grill des questions de la foule?

On les rapportera ici dans le contexte car en général la presse de l'armement et du Capital, ne fignole pas les détails d'un de ses fervents paravents.

Disons-le tout net, not' bon MonsieurSarkozy a défendu un Etat vertueux, honnête et écrasé sous les dettes. Un Etat victime de ces salauds de français qui mégotent avec un bas de laine bien rempli: « Les ménages doivent prendre le relais de l'Etat pour s'endetter, pour emprunter à nouveau ». Ode magnifique au mercantilisme qui doit sudre de la peau de tous ces salauds de contribuables. Henri IV avait promis une poule au pot pour chaque français, Mendès-France un verre de lait, et not' bon Sarkozy s'inscrit dans cette lignée royale pour que chaque français « devienne propriétaire » (ils sont paraît-il 75% de cette espèce en GB, mais que 50% en France).


Notre meilleur journaliste PPDA avait soigneusement dosé les questionneurs entre d'une part, des prolétaires vieux, pauvres et retraités, une poignée d'étudiants arrivistes contrits, et des marginaux du sexe ou des frustrés du PACS. Ses cameramen étaient par bonheur à l'unisson, ne filmant les tronches des Deschiens que lorsqu'ils ne pouvaient s'empêcher d'approuver, évitant les moues dévastatrices ou les regards navrés.

La majeure partie de l'information fût balisée un peu lourdement par la complainte du principal électorat (6 retraités...) où personne ne se hasarda à affirmer qu'il est dommage qu'un petit pion présidentiable pourrait révolutionner la mentalité patronale qui stigmatise tout quadra comme déjà trop vieux et jetable...

Les principaux faire-valoir de not'bon Monsieur Sarko furent des damnés du sexe homo, des floués du divorce, des victimes du racisme abhorré. Quel tremplin cela fût cependant pour not' bon Monsieur Sarkozy trop humain dans ce chapitre. L'hyperbole succédait à l'autoflagellation, la profession de foi morale éructée semblait faire oublier l'uniforme de cadre moyen. Haro sur toutes les discriminations s'insurgea notre meilleur orateur. Je punirai tous les méchants s'égosillait-il comme un CRS en costard-cravatte, ce bel uniforme bleu qui nous fixe la limite des Pyrénées..

Séquence émotion lorsqu'il chanta la gloire du travail en agitant ses mains et en les fixant intensément, l'air de dire, mine de rien, si on pense pour vous, faut vous en servir... « Il faut libérer le travail, travailler le dimanche si on aime, travailler plus longtemps si on veut bouffer et payer son loyer ». Non il ne l'a pas dit exactement comme cela, mais il fallait lire entre ses cordes vocales si clairvoyantes.

Ces dernières s'intéressèrent soudain au sort des petits boutiquiers, et face aux questions imbéciles sur la disparition de l'échoppe de proximité, elles surent vibrer pour l'océan des grandes surfaces (dont nous profitons tous... n'allez pas croire que la femme qui rentre du travail dispose du temps comme la bourgeoise pour fureter d'étal en étal...) Ah que ce bon Monsieur Sarkozy touchait ainsi le coeur des ouvriers...

ET combien il nous assura qu'il était de notre côté dans la lutte contre les prix: « il y a eu une forte augmentation des prix que je n'ai pas accepté car ils ont trop augmenté ». Nous aussi on a pas accepté cette injustice et combien nous avons été ravis de voir que ce bon Monsieur Sarkozy était de notre côté... dans la lutte contre les prix.


Quelques propos de certains Deschiens furent limite... limite... Comment osait-on ainsi interpeller not' bon Monsieur Sarkozy? Quels goujats! Quand en plus quelques demeurés se permettaient d'applaudir... en particulier quand l'un de ces imbéciles à tête d'arriéré s'est autorisé à rappeler que les députés ont, eux, des prêts à zéro pour cent... Ils n'imaginent pas ce qu'il a fallu comme travail pour devenir député... ils sont jaloux ou dépités ou quoi? Monsieur Sarkozy a été trop bon en concédant que cela ne repose sur rien. Moi je te leur aurai balancé: « espèce de jaloux incapable de parler sans bafouiller! » Un député ça ne bafouille pas...

Monsieur Sarkozy a bien gagné là ses lettres de noblesse présidentiable, et d'ailleurs, attends... il l'a dit : « je suis le représentant des très modestes »... Ah comme nous en sommes heureux nous les... très modestes.


Un autre crétin, dans la tradition people – mais où sont donc nos débats télévisés d'antan avec retenue et programmes de société – s'est permis de tancer not' bon Monsieur Sarkozy concernant son saltimbanque rocker. Mal lui en a pris, car alors not' aimable gouvernant ne s'est pas gêné pour l'envoyer dans les stades et les scènes musicales: « hein... et nos tennismen et Thuram notre beau fouteux qui s'est exilé en Italie? » et l'autre, le Noah qui s'est expatrié je sais pas où? (et v'lan pour ce cochon d'artiste qui a bêlé qu'il quitterait not'patrie si Sarko était l'élu). C'est inadmissible que des cerveaux comme Thuram ou Noah délaissent leur terre d'adoption... C'est dommage que les artistes, coeurs d'artichaud, s'évaporent de la patrie... mais Johnny lui qu'il a tant travaillé... quarante cinq ans... alors... qui faut le comprendre (que il a droit à une retraite méritée en Suisse).

Moi en tout cas, féru de TF1, je ne comprends pas comment PPDA a pu laisser s'exprimer l'autre... oui celle-là qui se disait maghrébine plutôt que française et vexée de ses propos... qui disait qu'elle se contenterait bien des revenus du rocker même nettoyé par le fisc.

Alors que... justement... ah j'en ai des varices... not'bon Monsieur Sarkozy il s'est échiné à prouver que s'il perd sa place de ministre à dix patates le mois (métier risqué), que si on l'élut pas roi... il sera tout nu, car, oui car... il a bien précisé qu'en cas d'échec lui il aurait que dale et qu'il y a des indemnités grotesques, inavouables et... inévitables. Nous, le bon prolétariat on a bien saisi qu'il fustigeait ces salauds de patrons de multinationales qui encaissent des siècles de salaire d'un laborieux. On se sentait « rassemblé », comme qu'il aurait dit l'aut' grand con de Galouzeau.


PPDA a su se ressaisir et couper tout dialogue malvenu, ou qui aurait pu mettre en difficulté not'bon Monsieur Sarkozy. En exigeant que soient respectées, démocratiquement, les questions à la queue-le-le, il coupait court à tous ces malveillants qui voulaient se faire voir à la télé.


Le preuve... attends...la preuve qu'il est un mec bien c'est quand il a dit qu'il se sacrifiait à faire le ministre de l'Intérieur jusqu'au bout. Oui il aurait pu laisser tomber depuis longtemps toutes ces horribles tâches ministérielles où l'appartement de fonction ne ressemble plus qu'à une vague caserne de pompiers où jour et nuit il faut veiller pour nous protéger des apaches.


Quel courage et dévouement! C'est rendre service aux français qu'il veut. Le dernier barreau de l'échelle est secondaire pour lui. Le travail d'abord, la promo ensuite. Mais tous ces imbéciles sur le plateau l'auront-ils compris? Gageons qu'autour du verre après l'émission il aura su ramener les brebis galeuses à la juste mesure des choses.

On lui reprochera encore ses propos concernant les immigrés les plus récents. Certes sa langue a fourché. On l'a encore accusé d'avoir mis dans le même sac la population ouvrière des banlieues, leurs enfants et les racailles... disons le mot... Il a semblé flancher, se laissant aller à dire: « je n'ai pas voulu distinguer....euh non j'ai distingué entre les voyous et la jeunesse ». Mais que celui qui n'a jamais fourché lui jette le premier cocktail Molotov!


Dans le feu des questions, un arsouille a cru bien faire en se moquant de l'âge de Le Pen...78 hivers... Franchement quelle connerie! Not' bon Monsieur Sarkozy l'a bien coiffé: « çà peut m'arriver aussi, ce n'est pas une question d'âge... » Voilà une réponse bien sentie qui devrait encourager tous les vieux électeurs hésitants à choisir notre hérault du rassemblement patriotique paysan, viticulteur, commerçant, flicard, banlieusard et travailleurs du rang.


Une espèce de vieux gauchiste infiltré dans le panel a cru malin, après d'autres qui voulaient savoir quel commis il allait choisir comme ministrable, de nous faire un savant discours sur l'international, l'Irak, l'Iran et tout le pataquès. Not' bon Monsieur Sarkozy a là aussi fait mouche. Rappelant la leçon d'histoire de nos chers maîtres incontinents, il a rappelé les services réciproques de Lafayette ce soudard impénitent et des vedettes US en Normandie. Quelle honte y a-t-il à être sous la coupe de Bush... hein? Et par contre le président élu d'Iran n'est qu'une merde... hein! Et il a eu cette phrase mémorable, que tout éditorialiste servile devrait répercuter: « il ne suffit pas d'être élu pour être quelqu'un de respectable! »


On glosera demain dans la presse de gauche sur un prétendu clientélisme électoral de not' brillant causeur, ou encore sur le fait que not' bon futur maître n'a rien dit contre les patrons qui nous jettent comme trop vieux à 45 piges... mais ce n'est pas sa faute... d'ailleurs il n'a pas cessé de dire qu'il fallait revaloriser les retraites, revaloriser les salaires, lutter contre les prix. Ah... ces prix, nos pires ennemis...

Haro sur les fonctionnaires... il y en a trop... donc il diminuera de moitié, ce qui réduira le chômage!

La drogue... y en a un qui a posé une question là-dessus... mais la drogue, comme a répliqué not' bon futur présidentiel c'est la faute aux idéaux de 68...

Et sa conclusion, brève, chaste, et raisonnable nous a particulièrement touché nous les vieux, car on connaît le refrain quotidiennement: « va falloir faire des économies ».

Merci encore Monsieur Sarkozy pour tous vos bienfaits, ou plutôt pour tout ce que vous allez promouvoir dans la rupture avec le gaspillage, la voyoucratie et le grand banditisme.


Jean Sornette





1 commentaire:

JEAN-LOUIS ROCHE a dit…

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